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Black-and-white photograph of Vila do Corvo in the early 20th century: tiled roofs packed together around the church tower, walled fields behind and the sea beyond
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Conseils pratiques

Histoire et légendes de Corvo : le cavalier de pierre, les monnaies carthaginoises, les pirates et la supplique fiscale de 1832

Azores GuideAzores Guide
6 octobre 2026
7 min de lecture

L'histoire derrière ce que vous voyez à Vila do Corvo : le cavalier de pierre pointant vers l'ouest décrit par Damião de Góis en 1567, les monnaies carthaginoises qu'on aurait trouvées en 1749, le raid de pirates de 1632 qui a donné son nom à Notre-Dame des Miracles, la supplique de 1832 qui a supprimé les impôts en argent de l'île, puis les baleiniers et les émigrants. Et où en voir les traces, avec les horaires d'été 2026 de la Casa do Tempo.

Pour la plupart des visiteurs, Corvo est une courte escale : quelques heures, un tour du cratère et retour au bateau. Le village se comprend pourtant bien mieux si vous connaissez un peu son histoire avant d'arriver. Pourquoi le buste d'un ministre du XIXᵉ siècle se dresse-t-il devant la mairie ? Pourquoi la patronne de l'île porte-t-elle le titre « des Miracles » ? Et pourquoi parle-t-on encore d'une statue connue seulement par une chronique du XVIᵉ siècle ? Ce guide présente les légendes, l'histoire telle que la raconte la municipalité, et les lieux de l'île où vous en verrez les traces.

Le cavalier qui montrait l'ouest

Dans sa chronique du prince Dom João, publiée en 1567, le chroniqueur Damião de Góis écrit que les premiers Portugais arrivés sur l'île y trouvèrent une statue de pierre : un homme à cheval, posé sur une dalle. Le bras droit du cavalier était tendu, l'index pointé vers l'ouest.

Selon Góis, le roi Manuel Iᵉʳ envoya un dessinateur pour en faire un croquis, puis un homme de Porto pour la rapporter à Lisbonne. Elle se brisa en chemin. Seules les têtes du cheval et du cavalier, le bras droit du cavalier ainsi qu'un pied et une partie de la jambe arrivèrent intacts.

Les historiens ne sont toujours pas d'accord. Certains font remarquer que des formations rocheuses de l'île peuvent, de loin, ressembler à des silhouettes, et pensent que l'histoire est née de l'une d'elles. D'autres jugent Góis trop sérieux pour qu'on écarte son récit. Considérez donc la statue comme une légende appuyée sur une source respectable, pas comme un fait.

Les monnaies de 1749

La deuxième histoire parle d'argent. En 1749, après une tempête, un pot noir rempli de pièces aurait été dégagé des fondations d'un bâtiment de Corvo. Le seul récit de la découverte est un rapport publié en 1778 à Göteborg par Johan Frans Podolyn, un Suédois né au Portugal. Il raconte qu'en 1761, à Madrid, l'historien espagnol Enrique Flórez lui avait remis neuf de ces pièces : deux en or et cinq en bronze de Carthage, et deux en bronze de Cyrène, en Afrique du Nord, toutes datées d'environ 200 av. J.-C.

Si elles étaient authentiques, des marins carthaginois auraient atteint le milieu de l'Atlantique plus de 1 600 ans avant les Portugais. Cela cadre mal avec tout le reste : les géographes de l'Antiquité ne semblent pas avoir connu les Açores, et les archéologues n'ont trouvé aucune trace de présence humaine sur les îles avant le XVᵉ siècle. Certains spécialistes jugent les pièces décrites conformes à des exemplaires authentiques ; d'autres soupçonnent une supercherie, ou des pièces laissées par un visiteur bien plus tardif.

La découverte et les premiers habitants

L'histoire documentée commence vers 1452, lorsque le navigateur Diogo de Teive aperçoit Corvo à peu près en même temps que Flores. L'île est si petite qu'elle attire d'abord peu de colons. Au milieu du XVIᵉ siècle, le capitaine-donataire Gonçalo de Sousa y envoie des esclaves venus du Cap-Vert, probablement de l'île de Santo Antão, pour cultiver la terre et élever du bétail. Des colons de Flores suivent vers 1580, et Corvo a sa propre paroisse depuis 1674.

On vit d'agriculture, de pêche et d'élevage, surtout pour ses propres besoins. L'île n'est pourtant pas aussi isolée qu'elle le paraît sur une carte : les flottes portugaises se servent de ses eaux comme point de rassemblement, où les navires venus de l'empire attendent leur escorte vers l'Europe.

Les pirates et Nossa Senhora dos Milagres

Ce trafic attire aussi les corsaires, et la fin du XVIᵉ et le XVIIᵉ siècle voient se multiplier les raids. En 1632, des pirates barbaresques tentent de débarquer à Porto da Casa, l'ancien débarcadère au pied du village, et sont repoussés. La tradition veut que les habitants les aient combattus à coups de pierres, et que l'image de la patronne ait renvoyé les tirs des pirates sur leurs propres navires. Depuis, on l'appelle Nossa Senhora dos Milagres, Notre-Dame des Miracles.

La première chapelle, au bord de la mer, fut détruite par les pirates en 1632. L'église actuelle a été reconstruite en 1795, et la date figure toujours au-dessus de la porte. Elle brûla en 1932, mais on sauva la statue de la sainte : une figure flamande du XVIᵉ siècle qui, selon la tradition, aurait été trouvée en mer. Sa fête, le 15 août, reste le grand jour de l'année sur l'île.

Les raids ont peut-être aussi façonné le village. Le vieux centre est un enchevêtrement de ruelles étroites entre des murs de basalte, et les descriptifs de randonnée de l'île relient ce plan aux attaques de pirates des XVIᵉ et XVIIᵉ siècles.

La supplique fiscale de 1832

Pendant la plus grande partie de son histoire, Corvo verse à son seigneur de lourdes redevances, en argent et en blé. En 1832, pendant les guerres libérales, un groupe d'insulaires fait voile vers Terceira, où le gouvernement libéral de Dom Pedro IV rassemble ses forces, pour demander un allègement. Le ministre José Xavier Mouzinho da Silveira est frappé par leur pauvreté. Par un décret du 14 mai 1832, les impôts en argent sont supprimés et la redevance en blé réduite de moitié. La même année, le bourg devient la ville de Vila do Corvo, et l'île une municipalité à part entière, aujourd'hui la plus petite du Portugal.

Dans son testament, Mouzinho da Silveira demande à être enterré au cimetière de Corvo, « la plus petite des Açores ». Il meurt à Lisbonne en 1849 et sera finalement inhumé à Margem, dans la municipalité de Gavião, sur le continent. L'île lui rend hommage par un buste de basalte et de marbre sur la place de la mairie : la pierre sombre figure la mer, le calcaire clair la terre.

Baleiniers et émigrants

Les baleiniers américains faisaient escale à Flores pour recruter des équipages, et les hommes de Corvo s'engageaient comme harponneurs, avec une réputation de courage. On a chassé la baleine depuis Corvo même jusqu'au milieu du XXᵉ siècle, et une baleinière historique est exposée à la Casa do Bote, l'office de tourisme.

Entre 1900 et 1980, la population est passée de 808 à 370 habitants, surtout à cause de l'émigration vers les États-Unis et le Canada. En 2023, l'île comptait 435 habitants.

L'aéroport et aujourd'hui

L'aéroport a ouvert en 1983, et des vols réguliers vers Flores, Faial et Terceira ont commencé en 1991. Aujourd'hui, l'île vit surtout de l'élevage bovin, et l'UNESCO a classé Corvo réserve de biosphère en 2007.

Où voir l'histoire à Corvo

Tout se trouve dans le village ou juste à côté, et une matinée suffit :

  • La Casa do Tempo, rua das Pedras, est le centre d'histoire de l'écomusée et raconte l'histoire de l'île dans l'ordre, du peuplement à nos jours. Ses horaires d'été publiés (du 1ᵉʳ avril au 30 septembre, tels qu'affichés en 2026) sont du lundi au vendredi, de 10 h à 12 h 30 et de 13 h 30 à 17 h 30. Les horaires d'hiver ne sont pas publiés : renseignez-vous à la Casa do Bote.
  • L'église Nossa Senhora dos Milagres, avec la date de 1795 au-dessus de la porte et la statue à laquelle l'île attribue son salut en 1632.
  • Le buste de Mouzinho da Silveira sur la place de la mairie.
  • Porto da Casa, le débarcadère que les pirates voulaient prendre, aujourd'hui le port de l'île.
  • La Casa do Bote et sa baleinière, sur le caminho dos Moinhos.

Notre promenade dans Vila do Corvo décrit l'itinéraire, les moulins à vent et les autres maisons de l'écomusée. Du cavalier de pierre et des monnaies, il n'y a rien à voir : on ne les connaît que par des récits écrits.

Réponses rapides

La statue de Corvo a-t-elle vraiment existé ? Personne ne le sait. Le récit vient de la chronique de Damião de Góis de 1567, selon laquelle elle se brisa sur le chemin de Lisbonne. Aucun fragment n'est exposé, et certains historiens pensent qu'une formation rocheuse est à l'origine de l'histoire.

A-t-on vraiment trouvé des monnaies carthaginoises à Corvo ? Un rapport publié en 1778 le dit, en décrivant une découverte de 1749. Il n'existe aucune autre trace de présence humaine aux Açores avant les Portugais, et les historiens restent partagés.

Pourquoi y a-t-il un buste de Mouzinho da Silveira à Corvo ? En 1832, il a supprimé les impôts en argent de l'île, réduit de moitié la redevance en blé et fait de Corvo une municipalité. Il avait demandé dans son testament à être enterré à Corvo, mais il repose sur le continent.

Où découvrir l'histoire de l'île sur place ? À la Casa do Tempo, rua das Pedras, ouverte en semaine l'été (horaires 2026 : de 10 h à 12 h 30 et de 13 h 30 à 17 h 30, du 1ᵉʳ avril au 30 septembre). Pour l'hiver, renseignez-vous à la Casa do Bote.

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